mardi 3 juillet 2012

La difficile survie des opérateurs Internet ruraux à l’heure de la montée en débit

A lire sur:  http://www.zdnet.fr/actualites/la-difficile-survie-des-operateurs-internet-ruraux-a-l-heure-de-la-montee-en-debit-39773728.htm#xtor=EPR-100

La difficile survie des opérateurs Internet ruraux à l’heure de la montée en débitAnalyse - Les difficultés de l’opérateur Altitude Infrastructure soulignent les nombreux problèmes d’un secteur tenu par les promesses technologiques et politiques… Des défis renouvelés dans la transition vers le très haut débit.
Le haut débit en zones peu denses n’est pas de tout repos. Les délégations de service public, la construction d’un réseau pour le compte d’une collectivité dans le but de desservir les abonnés distants des villes, peuvent se heurter à de nombreux obstacles.
Problèmes techniques, désintérêt des grands opérateurs ou manque d’information peuvent créer des difficultés dans des zones prometteuses. Discussion avec David El Fassy, président d’Altitude Infrastructure (opérateur Internet Wimax, fibre…), et avec Patrick Vuitton, délégué général de l’Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l'audiovisuel (Avicca).
Des promesses du Wimax en région
En juin, les problèmes d’une délégation de service public (DSP), la filiale Net 64 d’Altitude Infrastructure, a pointé la fragilité des réseaux. Un billet de notre blogueur Pierre Col retrace cette affaire, causée par un manque d’abonnés : 1 338 sur les 6 000 nécessaires à l’équilibre de la structure. Une différence qui met Net 64 en danger.
« Au lancement des travaux, en 2007, nous tablions sur 10 000 personnes éligibles. Les chiffres que nous avons eus de France Télécom en septembre dernier sont tombés à 3 380, soit un tiers du potentiel de départ. Après 18 mois d’exploitation ‘pleine’, nous avons donc atteint un taux de pénétration de 40%. Ce qui n’est pas si mal, étant donné que la pénétration dans ces secteurs ruraux, en ADSL et radio, est bien moindre qu’en zone dense » argumente David El Fassy, président d'Altitude Infrastructure.
« Le problème [des technologies] radio est général, mais ça ne veut pas dire que toutes nos DSP sont dans la situation de Net 64. Si la filière va mal, ce n’est pas Altitude qui va mal. Si on sent qu’une DSP ne peut pas se redresser, on va pas investir dedans » explique-t-il. « On a bénéficié d’un climat de déploiement difficile, entre Béarnais et Basques, avec des poteaux sciés et des menaces sur les collaborateurs ».
Les soucis rencontrés ne sont pas isolés. Selon des informations d’ITespresso datant de mars 2011, des stations de base Wimax seraient mises hors services faute d’avoir atteint un taux d’abonné suffisant. Dans l’Aveyron, d’autres soucis ont également été relevés.
Une « survente » globale du Wimax
La technologie Wimax, qui promettait une couverture large pour du haut débit, a vite déçu les exploitants. Les difficultés de Net 64 illustrent les trop grands espoirs portés sur cette méthode.
Pour Patrick Vuitton, délégué général de l’Avicca, « le marché de la zone blanche [évalué à 300 000 clients] est un secteur avec un gros potentiel. Il y a un nombre important d’acteurs, même si ce marché s’est consolidé, ce qui est un mouvement assez naturel. Au bout du compte, nous avons trois, quatre acteurs au lieu d’une dizaine ».
« Le Wimax a sûrement été survendu, en termes de débits et de portée, en particulier dans les mains de l’opérateur TDF [dont la filiale HDRR s’est retirée du Gard en 2008]. Le bilan est contrasté : quand c’est bien mis en oeuvre, ça convient aux collectivités qui le préfèrent au satellite », indique Patrick Vuitton.
La concurrence des grands FAI
Les opérateurs, délégataires de service public, comme Altitude, ont pour certains une offre grand public associée. Dans le cas présent, Wibox vise à fournir les services classiques ADSL à des clients Wimax. Même s’il dispose d’une telle offre, le délégataire de la collectivité doit rester neutre vis-à-vis des offres de détail.
« Il faut toute une infrastructure, des points hauts à maintenir, un service client pour les offres de détail… Par rapport aux prévisions, s’il n’y a pas d’adhésion au système, l’économie est difficile » estime l’Avicca. Surtout si les FAI nationaux font concurrence.
« France Télécom a un programme sur les NRA [répartiteurs] multiplexés. On a le sentiment que FT a plus mis en œuvre là où il y avait du Wimax qu’où il n’y avait rien. Ce qui est un peu aberrant, vu que le besoin est moindre » s’indigne Patrick Vuitton. « Les opérateurs nationaux ne sont pas intéressés par ce marché. Il faut convaincre les abonnés potentiels de ne pas prendre un grand FAI… » ajoute le spécialiste.
Les coûts d’exploitation d’un réseau d’intérêt public (RIP) peuvent être amortis par la combinaison avec un réseau classique. « Des RIP ont péréqué [été associés] entre ADSL et zones blanches. Avec des opérateurs comme SFR, on peut retomber sur ses pattes, même s’il n’est pas évident de les rentabiliser » explique encore David El Fassy.
Du Wimax à la 4G pour le très haut débit (THD)
Reste que la situation va évoluer. « Les zones grises d’aujourd’hui [limitées à 512 kbits/s] sont les zones blanches de demain » estime David El Fassy, à l’heure où le très haut débit et la fibre sont sur toutes les lèvres.
« Il faut faire preuve de pragmatisme face à ce qui arrive, comme le VDSL [qui exploite les lignes cuivre de l’ADSL]. Durablement, on aura besoin des technologies hertziennes. Il y a des territoires où le réseau cuivre se prête facilement à la montée en débit, d’autres où c’est compliqué » poursuit le responsable.
Selon Altitude, qui compte beaucoup commercialement sur le hertzien, « il faut une montée en débit des réseaux radio, que nous préparons pour 2013. Si je regarde le potentiel commercial des zones grises [plus peuplées que les zones blanches], cela devient plus intéressant. Le but est de retrouver un cercle vertueux ».
Un concurrent du Wimax arrive sur la radio, poussé par des acteurs comme le chinois ZTE : la 4G LTE, qui existe en mobile (900 Mhz) et fixe (3,5 Ghz). Selon les deux acteurs interrogés, les deux bandes de fréquence sont bien séparées. « Nous effectuons des expérimentations sur la bande 3,5 Ghz. Personne ne se contentera d’un réseau mobile pour une connexion fixe » estime David El Fassy.
Le LTE présenterait pourtant des risques pour l’exploitant Wimax. « Les débits annoncés en LTE aujourd’hui sont ceux annoncés sur le Wimax [en 2007]. Avec 5 ou 10 Mhz de spectre disponible, il n’y a pas de miracle. Peut-être qu’à terme, la 4G LTE supplantera les réseaux Wimax, une solution transitoire, qui durera au moins 10 ans » estime-t-il.
« Certains opérateurs exploitant le Wimax s’interrogent si des stations seront compatibles pour une transition vers la 4G, qui bénéficiera d’un effet d’échelle sur les composants. Les opérateurs constatent c’est une technologie très stable » complète Patrick Vuitton de l’Avicca.
La montée en débit pourrait aussi signer le retour en grâce du satellite, la solution de la dernière chance pour les abonnés privés d’autres technologies. Cela à cause notamment d’une latence élevée. « Le satellite a aussi évolué, avec KA-SAT d’Eutelsat. Au lieu d’être un énorme faisceau européen, des faisceaux spécifiquement sont dirigés sur la France.Nous n’avons pas encore de recul dessus, mais la réception est meilleure que sur les technologies précédentes », estime le délégué général de l’Avicca.
Le mélange technologique sera nécessaire, l’avenir dira quelles solutions en profiteront et comment s’en sortiront les technologies radio, en mutation.

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