Les nouveaux usages d'aujourd'hui seront les business de demain.
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Le chimiste allemand Bayer vient d’annoncer la fermeture de son usine
de nanotubes de carbone. Ce matériau tant vanté pour ses propriétés
exceptionnelles ne trouve pas ses marques dans l’industrie...
"The dream is over", comme le répétait John Lennon dans sa
chanson "God". Pour les nanotubes de carbone aussi, le rêve est fini :
Bayer s’apprête à fermer son usine allemande de production de ce
matériau du futur, comme il est présenté depuis des années. Si le
chimiste, via sa filiale Bayer MaterialScience, réaffirme le potentiel
prometteur des nanotubes de carbone, il admet malgré tout que le passage
à l’échelle industrielle tarde à se concrétiser. "Nous restons convaincus que les nanotubes de carbone présentent un énorme potentiel, explique dans un communiqué Patrick Thomas, PDG du groupe. Nous
avons cependant constaté que les domaines d’applications potentielles,
qui autrefois semblaient prometteurs d’un point de vue technique, sont
actuellement très fragmentés ou ont trouvé très peu de synergies avec
les produits du cœur de métier du groupe et leurs applications". Et le dirigeant d’enfoncer le clou : "Nous ne prévoyons pas d’applications révolutionnaires […] pour le marché de masse dans un futur proche". Bayer précise toutefois que le savoir-faire qu’il a acquis sera valorisé avec des partenaires industriels et institutionnels.
Un marché ? Quel marché ?
Pourquoi un tel revirement, trois ans seulement après l’inauguration de
son usine de Leverkusen ? Comment expliquer l’abandon, par l’un des
principaux producteurs mondiaux, de ce matériau parmi les plus
prometteurs pour des industries aussi diverses que l’aéronautique, les
cosmétiques, les peintures ou l’automobile ? Depuis leur apparition dans
les années 1990, les nanotubes de carbone ont suscité quantité
d’espoirs chez les chercheurs et les industriels au vu de leurs
propriétés mécaniques et électriques hors du commun. Aujourd’hui, c’est
la déception qui semble s’emparer de l’industrie.
En Europe, trois principaux acteurs produisent des nanotubes de carbone
en quantités significatives : Bayer, mais aussi le français Arkema
et le belge Nanocyl. Leurs capacités de production sont assez proches :
260 tonnes par an pour Bayer, 400 tonnes par an pour Arkema avec son
site de Mont (Hautes-Pyrénées) et 400 tonnes également pour le belge
Nanocyl. Mais dans tous les cas, il ne s’agit que de pilotes
industriels... "Les nanotubes de carbone sont toujours intégrés dans notre pôle
incubateur, rappelle une porte-parole d’Arkema. On les considère encore
comme un pari, mais il faut reconnaître que le marché est long à
décoller. A ce stade, on ne peut même pas parler de rentabilité."
Autrement dit, si les avantages des nanotubes de carbone sont avérés,
comme l’amélioration des performances des batteries lithium-ion, le
modèle économique n’a quant à lui pas encore été trouvé.
La concurrence asiatique, toujours elle...
Ces matériaux, très chers à produire, seraient boudés par une partie de
l’industrie, où ils se heurtent à une vive concurrence inter-matériaux.
Dans les applications de renforcement, les fibres de verre et les
fibres de carbone offrent des solutions performantes. Les utilisateurs
voient en outre d’un mauvais œil les polémiques sur les effets avérés et
supposés des nanotubes de carbone sur la santé humaine. A l’image de la
déclaration obligatoire depuis cette année en France, la réglementation
entourant ce matériau encore peu connu promet de s’amplifier, de
s’européaniser, dans les prochaines années.
Autre facteur explicatif : la concurrence asiatique mettrait à mal la
compétitivité des producteurs européens. Des acteurs comme le chinois
CNano Technology et le japonais Showa Denko sont de plus en plus
présents dans les nanotubes de carbone. Leurs capacités de production
sont en train de dépasser celles des acteurs européens.
Fin du rêve des nanotubes de carbone ? Crise de maturité pour ce marché
de niche ? Epiphénomène industriel sans grandes conséquences ? Ce
revirement de Bayer prouve en tout cas que même une activité
industrielle de pointe peut s’avérer fragile sur le sol européen. Et
qu’une innovation technologique n’est rien si elle ne trouve pas son
marché. Olivier James
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