Législation
- Prévue depuis 2008, la réforme de la copie privée (rustine ?) va
finalement se faire fin 2011 dans le cadre d’une procédure accélérée.
Les professionnels ne seront toutefois pas exonérés d’office, mais
pourront prétendre à un remboursement. Les ayants droit voient eux leurs
revenus protégés. Industriels et distributeurs s'insurgent.
Mise à jour : Distributeurs et constructeurs sont
vent debout
contre le texte du gouvernement. Fevad, Fédération Française des
Télécoms, GITEP TICS, SFIB, Alliance TICS, SECIMAVI, SIMAVELEC et SNSII
ont signé un communiqué commun dénonçant le projet de loi.
Les
organisations critiquent le dispositif envisagé par le gouvernement pour
réformer, sous contrainte du Conseil d’Etat, le régime de la copie
privée. Ainsi, hormis dans le cadre de conventions signées avec les
ayant-droits, les professionnels ne bénéficieront pas d’exonérations de
copie privée, mais de remboursements, sous conditions toutefois, et «
par le biais d’un mécanisme particulièrement complexe et coûteux. »
Mais
les industriels s’insurgent aussi contre la prolongation des barèmes
pourtant censurés par le Conseil d’Etat. Celui-ci avait donné 6 mois
pour les réviser, soit jusqu’en décembre 2011. Le projet du gouvernement
prévoit une conservation de ces barèmes pour 24 mois supplémentaires.
«
Une telle prorogation vient pénaliser les consommateurs qui pouvaient
espérer que le nouveau barème vienne compenser seulement un manque à
gagner pour les ayants droit du seul fait des actes de copie privée
licite » critiquent industriels et distributeurs.
« Plutôt que de
tenter de pallier artificiellement les nombreux dysfonctionnements de
la rémunération pour copie privée, l’urgence est à la rénovation
profonde d’un système devenu totalement inadapté à l’ère numérique »
concluent-ils.
La réforme du régime de la copie privée (189 millions d’euros en 2010) était inscrite au programme du
Plan numérique 2012, défini en 2008. Le gouvernement aura finalement attendu la fin 2011, et sous
la contrainte du Conseil d’Etat et de
la Cour de justice européenne, pour entreprendre ce chantier.
Pour cela, le ministère de la Culture a déposé
une proposition de loi le 26 octobre. Celle-ci sera examinée dans le cadre d’une
procédure accélérée.
Cette procédure permet au gouvernement de limiter les discussions
parlementaires à un seul passage devant chaque chambre, contre deux
habituellement.
Les barèmes provisoires, dénoncés, ne disparaissent pas
Pourtant,
la proposition
de loi défendue par le ministère de la Culture ne devrait pas faire
l’unanimité, et la procédure retenue susciter donc la critique.
La commission copie privée pourra en effet toujours définir des barèmes provisoires (très
contestés) avant la réalisation d’études d’usage, obligation rappelée par le Conseil d’Etat.
Concernant les supports professionnels,
dispensés du paiement
de la rémunération, l’évolution proposée par le gouvernement prévoit
non pas une exonération totale, mais un système de remboursement – des
remboursements exigibles seulement à compter de l’entrée en vigueur de
la présente loi.
Ce remboursement de la
copie privée
s’appliquera « aux personnes acquérant des supports d’enregistrement
dont les conditions d’utilisation ne permettent pas de présumer un usage
à des fins de copie privée. Il s’agit en particulier des supports
acquis à des fins professionnelles. »
Des remboursements à justifier par les professionnels
«
Afin d’alléger les procédures, notamment au profit des acquéreurs
institutionnels et des grandes entreprises, l’article 4 ouvre la
possibilité de conclure des conventions d’exonération » précise
toutefois la proposition de loi.
Quant aux particuliers, il
est prévu qu’ils soient informés du montant de la rémunération pour
copie privée appliqué aux supports qu’ils acquièrent. Les modalités de
cette obligation d’information (
déjà prévue dans une autre loi...), et les sanctions en cas de défaut, restent cependant à préciser.
Afin
de préserver les revenus issus de la copie privée, le gouvernement
prévoit dans l’article 5 de sa proposition de loi que soient conservés «
les barèmes applicables aux supports assujettis dans
la décision n° 11 pendant un certain délai. »
Or c’est justement cette décision 11 de la commission copie privée qui
a été censurée
par le Conseil d’Etat en juin. Ce dernier avait cependant précisé que
cette annulation n’était pas rétroactive et accordait un délai de six
mois pour les réviser.
Une rustine pour préserver les revenus des ayant-droits
Le
ministère de la Culture accorde donc un nouveau répit. Il justifie ce
délai et la préservation des barèmes par le temps nécessaire à la
réalisation des études sur la base desquelles les nouveaux barèmes
seront définis, « tout en évitant un arrêt temporaire des versements au
profit des titulaires de droits. »
En intégrant le
remboursement aux professionnel, le gouvernement estime ainsi « assurer
le respect de la chose jugée par le Conseil d’État eu égard aux motifs
de la décision du 17 juin 2011. »
la finalité reste toutefois
d'abord d’empêcher des redevables de contester devant la justice les
sommes à verser et « obtenir l’annulation des factures émises à leur
encontre ou le reversement de la rémunération acquittée. »
Qualifié
d’effet d’aubaine par le ministère de la Culture, cela aurait eu pour
effet de priver les ayant-droits « de la rémunération à laquelle ils ont
légitimement droit. »
http://www.zdnet.fr/actualites/le-gouvernement-veut-rafistoler-la-copie-privee-via-une-procedure-acceleree-39765190.htm#xtor=EPR-100