Les nouveaux usages d'aujourd'hui seront les business de demain.
Revue de presse sur les tendances et évolutions technologiques utiles.
http://theitwatcher.fr/.
Une étude qui vient d’être publiée par
Navigant Research nous révèle que le nombre de citadins augmentera de 75
% dans le monde d’ici 2050 et passera de 3,6 à 6,3 milliards
d’individus.
Au milieu de ce siècle, deux terriens sur trois seront donc devenus
urbains, ce qui supposera de relever à une échelle inédite de nouveaux
défis dans les domaines de l’énergie, de l’urbanisme, de
l’environnement, des transports ou encore de la sécurité (Voir rapport).
Ce rapport précise qu’en 2025 la planète comptera 37 mégalopoles,
dont chacune aura une population supérieure à 10 millions d’habitants.
Sans surprise, 22 de ces villes se trouveront en Asie.
L’OCDE, pour sa part, rappelle que les grandes mégapoles mondiales,
qui occupent aujourd’hui 2 % de la surface du globe, consomment les
trois quarts de l’énergie produite par la planète et émettent 80 % du
CO2 d’origine anthropique.
Pour surmonter les gigantesques problèmes que va entraîner la
concentration de plus de 6 milliards d’individus dans des pôles urbains
qui dépasseront parfois les 30 millions d’habitants, les états mais
également les collectivités territoriales et les entreprises vont devoir
investir des sommes colossales, non seulement pour réaliser ou
moderniser les indispensables infrastructures physiques mais également
pour concevoir et mettre en place une multitude de réseaux interactifs
permettant une gestion intelligente, réactive et efficiente de ces
mégapoles tentaculaires.
Le rapport de Navigant Research prévoit d’ailleurs que le marché des
technologies urbaines passe de 6,1 milliards de dollars par an en 2012 à
20,2 milliards de dollars en 2020, ce qui correspond à un triplement en
moins de 10 ans !
Parallèlement, il y aura environ 30 milliards d’objets connectés sans fil dans le monde en 2020, d’après l’évaluation d’ABI Research et
toutes les grandes mégapoles de la planète vont être profondément
transformées par l’arrivée de cet « Internet des objets » qui va
métamorphoser les villes en système auto organisé, en interaction
permanente avec leurs habitants. C’est
dans ce contexte que La Métropole Nice Côte d’Azur, la ville de Nice en
partenariat avec Cisco, a inauguré récemment le premier « boulevard
connecté » afin de combiner ces deux concepts : l’Internet des objets et
la gestion de l’espace urbain.
Cette synergie nouvelle doit permettre une gestion administrative,
environnementale et énergétique du territoire plus efficiente et moins
coûteuse pour la collectivité. Mais il s’agit également pour cette
métropole de conforter son image « high-tech » et de développer son
attractivité économique de manière à attirer de nouvelles entreprises.
Dans les principales artères qui traversent le centre-ville, plus de
200 capteurs ont été installés dans la chaussée, sur les containers
contenant les déchets et sur les lampadaires assurant l’éclairage
public.
Ces capteurs qui ont une durée de vie de plus de 10 ans, transmettent
en permanence une multitude d’informations très utiles, grâce à un
réseau Wifi, au centre de gestion municipale et aux habitants. Mais ce
système -et c’est là la grande innovation- ne se contente pas de
retransmettre en vrac l’ensemble des données obtenues. Il est capable,
grâce un outil logiciel spécifique extrêmement sophistiqué, de trier,
d’analyser et de hiérarchiser ces données pour les transformer en
informations utiles à forte valeur collective.
L’idée à terme est que chaque objet de l’environnement urbain, route,
arbres, bâtiment, panneaux de signalisation, feux tricolores etc.,
devienne un véritable collecteur d’informations et « veilleur »
autonome, capable de repérer une anomalie dans son proche environnement
et de faire remonter cette information vers la plate-forme de gestion
municipale qui générera l’action la plus appropriée après analyse de la
situation.
Ce type de gestion interactive de la ville agit simultanément sur
trois niveaux : en premier lieu il gère les équipements municipaux de
manière plus efficace et plus fine, en tenant compte en temps réel de
l’évolution de l’environnement. Il s’agit d’apporter à chaque habitant
un service beaucoup plus personnalisé, en optimisant en permanence les
ressources disponibles.
Mais à un second niveau, cet outil constitue également un système
d’évaluation incomparable de l’action municipale. Avec ce système, il
devient en effet possible de procéder à des micro- expérimentations dans
une rue ou un quartier et d’en évaluer la pertinence très rapidement de
manière à orienter les décisions publiques.
Enfin à un troisième niveau, ce système permet une connaissance
beaucoup plus complète des problèmes spécifiques auxquels sont
confrontés les habitants d’un secteur donné et il devient possible alors
de mettre en place une politique d’anticipation sociale visant à agir
le plus en amont possible quand une personne, une famille ou les
habitants d’un quartier sont confrontés à des difficultés particulières.
Les impératifs d’efficacité publique et de maîtrise des coûts
économiques rejoignent ici la nécessité d’une approche sociale plus
globale et plus préventive des nouveaux problèmes qui caractérisent les
grandes métropoles.
Parmi les activités qui connaissent la mutation la plus rapide sous
l’effet de ces nouveaux outils technologiques, on trouve évidemment le
secteur stratégique des déplacements et des transports urbains. Dans ce
domaine, des expérimentations foisonnent partout en France.
À Valence par exemple, il sera possible, à la rentrée 2013, de régler
son billet de bus en achetant un « sticker-transport », à coller sur
son mobile. Dans ce cas de figure, la collectivité a fait un choix
pragmatique et a opté pour le tag RFID, une solution plus simple et plus
pratique, pour l’instant, que le paiement sans contact (NFC) qui
nécessite un smartphone de nouvelle génération.
Ce système permettra également aux usagers de recharger directement
leur abonnement à partir de leur mobile et de faire l’objet de contrôles
électroniques, y compris quand leur téléphone sera éteint. Mais l’outil
proposé à Valence va plus loin et intégrera également un simulateur informatique
d’itinéraire permettant en quelques secondes d’optimiser un déplacement
en transports en commun sur l’ensemble de l’agglomération.
Le public jeune et souvent « Geek » n’a pas été oublié et pourra
contacter un agent virtuel, baptisé Théa, pour lui poser directement des
questions.
A Strasbourg, la ville a fait un choix un peu différent et propose à
présent toute une panoplie de services directement réglables à l’aide du
paiement sans contact.
Les Strasbourgeois peuvent ainsi régler directement leur redevance de
stationnement dans toute l’agglomération à l’aide de ce mode de
paiement appelé à se généraliser rapidement puisque les puces NFC
équipent la quasi-totalité des nouveaux smartphones.
Mais cette technologie sans fil permet également le règlement
électronique des achats auprès de quelque 5 000 commerçants du
département. Le
troisième volet, sans doute le plus prometteur, de ce nouvel outil,
s’appelle StrasPlus. Son principe de fonctionnement est très simple : en
passant à proximité d’un des 1 400 points de connexion de
l’agglomération strasbourgeoise, toute personne équipée d’un smartphone
peut avoir accès à une multitude d’informations locales très utiles et
très complètes concernant la circulation urbaine, le tourisme ou le
patrimoine.
À Lyon, la municipalité a également présenté récemment tout un
ensemble de projets et d’expérimentations visant à utiliser les
technologies numériques pour améliorer l’efficacité urbaine et la
qualité de vie des habitants.
L’un de ses projets, Optimod’Lyon est particulièrement ambitieux. Il
consiste en une plate-forme intégrant l’ensemble des informations
concernant les différents modes de transport. Ce système, qui résulte
d’une coopération technologique et financière entre une dizaine de
partenaires publics et privés devrait permettre, à terme, une prévision
fine et fiable des flux de déplacements urbains, qui permettra d’agir
plus efficacement en cas de problèmes.
Une autre application, complémentaire de la première, repose sur le
GPS et permettra à partir de la fin de l’année de connaître les
emplacements de stationnement disponibles et de calculer l’itinéraire de
déplacements urbains optimal, en fonction des caractéristiques du
trafic.
Il faut enfin évoquer l’exemple remarquable de Besançon, une ville
moyenne (120 000 habitants) qui a fait le choix il y a déjà plus de 20
ans, d’opter pour une plate-forme logicielle unique et intégrée conçue
par ibm.
Depuis 2011, cette plate-forme, après une montée en puissance
progressive intégrant les différents services et activités de la ville,
gère l’ensemble des prestations administratives et techniques de cette
commune, ce qui permet à la fois une réactivité et une efficacité
beaucoup plus grande dans l’action des services municipaux et une
évaluation en temps réel des moyens disponibles et des coûts collectifs
que représentent les différents services de la ville.
Partout en Europe, les villes font assaut d’imagination pour
développer et proposer à leurs habitants de nouveaux services numériques
destinés à améliorer leur vie quotidienne.
Il n’est bien sûr pas question ici de pouvoir recenser ces myriades
d’expérimentations mais certaines méritent d’être évoquées. À Santander
par exemple, une métropole de 200 000 habitants qui est la capitale
régionale de la Cantabrie, au nord de l’Espagne, la municipalité a fait
installer plus de 12 000 capteurs qui sont disséminés dans les bâtiments
municipaux, les chaussées, les bus et les lampadaires. Ce réseau
électronique permet de recueillir de nombreuses informations qui sont
ensuite transmises à une plate-forme de gestion municipale.
Mais là où le système devient original, c’est qu’il permet aux
habitants d’accéder librement à l’ensemble de ces informations en
utilisant leur mobile.
L’application la plus populaire dans cette ville connectée s’appelle
« Prenons le pouls de la ville ». Elle incite directement les habitants à
signaler aux services municipaux les anomalies, incident ou problème
qu’ils pourraient remarquer. Pour ce faire, il suffit d’envoyer un SMS
ou une photo vers un service dédié. Ce « cahier des doléances »
électroniques est public et peut être consulté par tous, ce qui incite,
on s’en doute, la municipalité à être très réactive dans ses
interventions et ses actions pour résoudre les problèmes signalés…
En Grande-Bretagne, la ville de Bristol est également pionnière dans
l’utilisation de ces technologies numériques au service des habitants (Voir Connecting Bristol).
Cette agglomération de 420 000 habitants vient d’installer de
nombreux équipements connectés et interactifs (bus, boîtes aux lettres,
lampadaires). Il suffit de téléphoner directement à l’un de ces objets
en appelant le numéro indiqué sur sa surface pour pouvoir accéder à une
multitude d’informations vocales et textuelles concernant les différents
services municipaux.
Mais l’un des enjeux majeurs de cette transition vers les villes
« intelligentes » sera bien sûr la réduction draconienne de la pollution
urbaine et des émissions de gaz à effet de serre qui accélèrent
dangereusement le réchauffement climatique.
Une récente étude européenne, réalisé sur 9 métropoles situées dans
différents pays de l’Union, a montré que les principaux polluants liés
au transport, dont les particules fines, réduisaient de manière
significative l’espérance de vie des citadins en cas d’exposition
prolongée. Un calcul par extrapolation a permis de calculer qu’en France
cette pollution entraîne probablement autour de 15 000 décès anticipés
par an.
À ces graves conséquences sanitaires et médicales, longtemps
sous-estimées, il faut ajouter le coût économique et social collectif
considérable lié à la saturation des flux de transports urbains. Une
étude récente du cabinet britannique CEBR a en effet montré que le coût
global, direct et indirect, des embouteillages en France (hors coût lié
aux dépenses de santé) était de l’ordre de 5,6 milliards d’euros par an,
soit plus de 600 € pour chaque foyer se déplaçant en voiture !
La mutation rapide de nos villes en systèmes auto organisés,
interactifs et intelligents devrait permettre également de révolutionner
les déplacements urbains en les rendant à la fois beaucoup plus
efficaces, plus sobres sur le plan énergétique et beaucoup moins
polluants pour la planète.
Il faut en effet bien comprendre que des citadins ne renonceront
définitivement à l’usage de la voiture en ville que lorsqu’ils auront à
leur disposition d’autres alternatives et solutions aussi confortables
et souples en termes de déplacements. Or c’est précisément ce que
commencent à pouvoir offrir certaines villes qui ont anticipé cette
mutation de la mobilité et proposent à l’ensemble de leurs habitants des
solutions de transports souples, personnalisées et répondant mieux à
l’extrême diversité des demandes.
Mais quels que soient les efforts que feront les métropoles pour
diminuer la place de la voiture particulière et favoriser l’usage d’une
large panoplie de transports collectifs ou collaboratifs (de type
covoiturage intelligent), la réduction massive du coût énergétique et
environnemental des déplacements urbains ne pourra être obtenue qu’en
actionnant également le puissant levier de l’urbanisme et de
l’aménagement urbain. Un
seul exemple montre à quel point les choix urbains sont déterminants
sur le plan énergétique environnemental : la comparaison entre deux
villes de population comparable, Barcelone en Espagne et Atlanta aux
États-Unis. Barcelone est caractérisée par un tissu urbain très dense,
de type méditerranéen et la consommation d’énergie par habitant y est
plus de 10 fois inférieure qu’à Atlanta, une ville tentaculaire, qui
s’étale sur une surface 25 fois plus grande que la capitale de la
Catalogne.
Les responsables politiques devront donc avoir le courage d’expliquer
à leurs concitoyens qu’il sera impossible de gagner la bataille de
l’environnement, de la lutte contre le réchauffement climatique et des
transports fluides et propres, sans ouvrir le débat sur la densification
urbaine et la conception de villes en trois dimensions, articulées
autour d’éléments urbains de très grande hauteur qui pourront, grâce à
la conception de bâtiments intelligents et à une végétalisation
omniprésente et intégrée à ces immeubles, offrir une très grande qualité
de vie à leurs habitants, tout en réduisant considérablement l’ensemble
des nuisances inhérentes au fonctionnement urbain, pollution,
consommation énergétique, bruit, insécurité, solitude…
En dernière analyse, la transition vers ces villes intelligentes ne
relève donc pas d’une fascination technophile ou d’une utopie
technologique mais bien d’une nécessité absolue : reconstruire et
réinventer une nouvelle « urbanité » qui combine efficacité économique
énergétique, innovations technologiques, création culturelle et liens
sociaux.
Je crois donc que, loin d’être des mégapoles froides et inhumaines,
les villes du futur, si nous faisons les choix sociaux et politiques
consistant à mettre l’homme au cœur de leur invention, seront, en dépit
d’une technologie ubiquitaire et omniprésente, des lieux où se
développeront et s’exprimeront de nouveaux réseaux de coopération et de
solidarité et dans lesquels pourront s’épanouir ce qui a toujours fait
la singularité et la richesse des villes depuis la Grèce antique :
l’imagination créatrice et l’innovation dans tous les domaines
d’activités humaines.
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