lundi 6 janvier 2014

Etat : la tentation du big brother

A lire sur: http://www.lesechos.fr/opinions/edito/0203187655436-etat-la-tentation-du-big-brother-636942.php

Par David Barroux | 13/12 | 06:00

Nous acceptons que les caméras de surveillance permettant d'arrêter les tueurs prolifèrent dans les villes. Pour lutter contre les terroristes, nous nous résignons à perdre du temps dans des fouilles le plus souvent inutiles avant d'embarquer dans un avion. Nous comprenons que, pour lutter contre le blanchiment d'argent sale, les dépôts en liquide dans les banques soient notifiés aux autorités fiscales. Et nous admettons depuis longtemps que, pour arrêter les criminels, la police puisse procéder à des écoutes. Au fond, les citoyens reconnaissent que pour pouvoir empêcher de nuire ceux qui menacent notre société, nous devions renoncer à une partie de nos libertés. Pourquoi, alors que nous sommes si pragmatiques, devrions-nous aujourd'hui nous révolter contre l'article 13 de la dernière loi de programmation militaire qui renforce considérablement les pouvoirs de notre cyber-police ? L'argument selon lequel seuls ceux qui ont potentiellement quelque chose à se reprocher devraient s'opposer au renforcement des pouvoirs de la police ne tient pas. L'histoire a prouvé que, trop souvent, ceux qui disposaient d'un pouvoir avaient sur la durée tendance à en abuser. Il faut encadrer les pouvoirs d'une police même démocratique et éviter de donner trop de leviers à un Etat dont rien ne dit qu'il ne sera jamais totalitaire. La loi ne doit pas seulement dire ce que la police peut faire. Elle doit aussi éviter que la police puisse trop en faire. Or, aujourd'hui, la loi veut donner aux autorités un pouvoir considérable sans que leur action n'ait à être validée par un juge. On donne un pouvoir, sans prévoir de contre-pouvoir. La cause est sans doute noble, mais le risque de dérive est trop grand.
Le cyber-citoyen doit se mobiliser pour éviter que l'Etat ne mette le doigt dans un cyber-engrenage. Sinon, au nom de la lutte contre le terrorisme pourquoi n'irait-on pas jusqu'à suivre en permanence les traces laissées par la puce de nos smartphones ? Ne devrait-on pas supprimer la monnaie papier pour basculer sur des porte-monnaies électroniques interdisant toute fraude ? Si nous n'y prenons pas garde, nous trouverons toujours de bonnes raisons pour justifier le développement d'une surveillance numérique. Espérons que cette prise de conscience nous poussera aussi à faire preuve de plus d'exigence vis-à-vis des géants du Web. Victimes consentantes, nous autorisons Google, Amazon ou Facebook à capter et user de nos informations personnelles. En nous connaissant mieux, ils peuvent mieux répondre à nos attentes. Mais exigeons qu'ils nous accordent un droit de regard sur des informations dont nous restons propriétaires et que nous pouvons effacer selon notre bon vouloir.

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