vendredi 4 avril 2014

Un simulateur de fraude fiscale

A lire sur: http://www.usine-digitale.fr/article/un-simulateur-de-fraude-fiscale.N248128#xtor=EPR-192

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Un simulateur de fraude fiscale © J. Franganillo - C.C.
Non, ce n’est pas un logiciel pour "optimiser" sa déclaration de revenus. Simulfis, développé par des chercheurs en sociologie, est plutôt destiné aux pouvoirs publics : il permet d’étudier les conditions qui favorisent les vocations de fraudeurs, et de tester des mesures pour réduire globalement le phénomène.
Comment devient-on un fraudeur ? Quels sont les facteurs qui poussent un contribuable à tricher sur ses revenus ? Les premiers modèles tentaient de prédire le passage à l’acte en supposant que le fraudeur agissait de manière rationnelle. Fraudait celui qui estimait, à tort ou à raison, qu’il avait plus à gagner (moins d’impôt) qu’à perdre (risque d’amendes) dans l’opération. Mais ces simulations donnaient des niveaux de fraude très supérieurs à ceux réellement constatés…
Il fallut donc se faire à l’idée qu’en matière fiscale aussi, le comportement humain est loin d’être uniquement régi par la raison. C’est ce que des chercheurs en sociologie de Barcelone ont mis en pratique, à travers le simulateur Simulfis, un logiciel qui combine des aspects économiques, psychologiques et sociologiques pour évaluer le niveau de fraude fiscale dans un contexte donné. Il permet aussi de tester des mesures antifraudes. Simulfis a par exemple montré qu’augmenter la fréquence des contrôles est plus efficace qu’accroître le montant des amendes…
DÉTECTER LES POTENTIELS FRAUDEURS
Simulfis est un simulateur multi-agents : chaque agent modélisé dans le système est un individu doté d’un revenu, d’une profession, d’un certain nombre de caractéristiques psychologiques, et placé dans un réseau de relations sociales (d’autres agents du système). Le logiciel contient aussi le contexte fiscal dans lequel vivent ces individus. La principale innovation des chercheurs catalans est d’avoir créé un algorithme sophistiqué pour déterminer ceux qui deviendront des fraudeurs.
En se fondant sur les résultats récents des sciences comportementales et cognitives, ils ont élaboré un système qui, plutôt que d’appliquer des règles rationnelles, fait passer le processus de décision à travers quatre "filtres" successifs. Le premier commence par évaluer les possibilités de fraude de l’agent (selon son métier, son niveau socio-économique…).  Ces "opportunités" sont ensuite soumises au filtre des principes éthiques attribués à l’agent (son sens de l’honnêteté, de la justice, sa perception du système fiscal…). Viennent alors, tout de même, des calculs rationnels : "Qu’est-ce que je peux y gagner ?" Et finalement, le dernier filtre est celui de la pression sociale : "Que font mes relations ? Comment me jugeraient-elles ?"
Le résultat global, sur un contexte représentatif des contribuables et de la fiscalité espagnols, est assez conforme aux observations, affirment les chercheurs. Ils estiment que leur logiciel, quand sa fiabilité aura été solidement établie, devrait notamment permettre de tester, au-delà des mesures antifraudes dissuasives, l’incidence de diverses politiques fiscales sur le niveau et la nature des fraudes.
Thierry Lucas

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