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Revue de presse sur les tendances et évolutions technologiques utiles.
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mardi 9 juillet 2013
"Tous les Etats ont besoin d'accéder aux communications électroniques", assure Manuel Valls
A lire sur: http://www.usine-digitale.fr/article/tous-les-etats-ont-besoin-d-acceder-aux-communications-electroniques-assure-manuel-valls.N200925#xtor=EREC-1
Exclusif ! Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur a accordé un
entretien à L’Usine Nouvelle et L’Usine Digitale sur les questions de
cybersécurité à l'occasion du colloque "technology against crime". Il
livre pour la première fois son analyse de l’affaire "Prism" et plaide
pour que la France, l’Europe et les industriels se mettent à niveau en
matière de cyberdéfense... et de cyberattaques.
L'Usine Nouvelle : Vous parrainez le colloque "technology against crime" réunissant 600 acteurs de la sécurité à Lyon les 8 et 9 juillet, dans le contexte particulier de l’affaire "Prism". La menace en matière de cybersécurité a-t-elle été sous-estimée en France et en Europe ? Manuel Valls : C’est une menace en très forte
croissance car elle est liée au développement inévitable des réseaux
numériques aussi bien au sein des entreprises que des organisations
étatiques. Ces réseaux numériques présentent une vulnérabilité face aux
interceptions sauvages de communications privées – notamment du fait du
cloud computing mal maîtrisé ou mal sécurisé – et aux stratégies
d’intrusion très offensives dans les réseaux, soit depuis l’extérieur,
soit par des dispositifs de captation de données implantés à l’intérieur
des entreprises ou organisations. Les fonctions de sécurité
informatique sont donc aujourd’hui vitales. Souhaitez-vous mettre en œuvre une politique française en matière de cybersécurité sous l’égide du ministère de l’Intérieur ?
Le terme de "cybersécurité" est une notion très générale, qui recouvre
principalement trois aspects : la protection des systèmes d’information,
la lutte contre la cybercriminalité et la cyberdéfense. Les deux
premiers aspects concernent aussi bien les pouvoirs publics que les
citoyens ou les entreprises. Dans ce cadre, j’ai proposé, à l’issue du
débat sur la loi antiterroriste, qu’une réflexion approfondie s’engage
au sein du gouvernement sur les outils juridiques, technologiques, sur
les organisations et les stratégies à mettre en œuvre. Un travail
interministériel entre les ministères de la Justice, de l’Intérieur, des
Finances et de l’Économie numérique est en cours et doit aboutir en
novembre 2013. Les ministères de l’Intérieur et de la Défense sont les
principaux acteurs de la cybersécurité étatique. Très concrètement, les
services du ministère de l’Intérieur interviennent, je le disais à
l’instant, pour sensibiliser et conseiller les entreprises, mais aussi
pour produire du renseignement sur les menaces informatiques, enquêter
judiciairement sur les attaques informatiques et réagir à une éventuelle
attaque informatique d’origine terroriste sur les systèmes
informatiques d’importance vitale. On a l’impression d’une grande naïveté des Européens face au
projet "Prism" : nous semblons être singulièrement en retard pour
traiter ces menaces…
Parler de "naïveté" ou de "retard" voudrait dire qu’il faut aller dans
le sens de Prism. Ce n’est pas le cas ! Même si nous ne disposons pas
encore des éléments d’explication et d’information sollicitées auprès
des États-Unis, les révélations relatives à Prism concernent un accès
direct aux données de contenu des géants de l’internet, presque tous
Américains, ce qui pose un sérieux problème de confiance pour les
usagers de ces services. Il faut cependant être lucide : pour protéger
leur population, tous les États ont besoin d’accéder à certaines
communications électroniques, aussi bien en matière de renseignement que
de poursuites judiciaires.
"L’accès aux données doit s’opérer par ciblage des individus ou groupes qui présentent une menace réelle"
Ils doivent pouvoir le faire en fonction de ce qu’est aujourd’hui la
réalité technique de l’internet. Mais l’exploitation des métadonnées ou
des contenus n’est légitime que si elle se rapporte à des finalités de
sécurité bien circonscrites : lutte contre le terrorisme et la
criminalité organisée ou encore protection des intérêts fondamentaux des
États. Et l’accès aux données doit s’opérer par ciblage des individus
ou groupes qui présentent une menace réelle, sous le contrôle d’une
instance indépendante garantissant le respect de ces finalités et de ce
ciblage.
La position ferme de François Hollande sur ce dossier semble
peu suivie, notamment par l’Allemagne, est-ce que cela vous choque ?
L’Union européenne, c’est maintenant, avec l’adhésion de la Croatie, 28
voix qui doivent s’accorder. Ce n’est pas toujours simple. Mais l’Union
européenne a un accord depuis vendredi, d’ailleurs très largement dans
la ligne de la solution proposée par la France. Dès lundi, la Commission
européenne, accompagnée d’experts des États membres, dont un français,
se rendra à Washington pour échanger avec les Américains, dans le but de
"rétablir la confiance". Dans la discussion à Bruxelles, la France et
l’Allemagne ont adopté la même position, celle adoptée par le président
de République et la Chancelière allemande à Berlin le 3 juillet. Sera-t-il plus facile d’atteindre une Europe de la cyberdéfense
alors qu’une "Europe de la Défense" semble difficilement atteignable ?
Le jugement sur l’Europe de la Défense vous appartient. Europe de la
Défense et de la cyberdéfense constituent deux priorités et deux
ambitions. Quelles sont les exigences que la France et l’Europe peuvent
désormais avoir vis-à-vis des États-Unis ? Faut-il suspendre les
négociations de l’accord de libre-échange avant d’avoir des explications
et des assurances ?
À Bruxelles, vendredi, l’Union européenne a décidé un principe de
simultanéité : les négociations de l’accord de libre-échange se
tiendront en même temps que les réunions des groupes de travail
consacrées aux questions ouvertes par les révélations de ces dernières
semaines. Sur ces cybermenaces, quelles leçons pour les industriels ?
Nos industriels doivent fortement miser sur la prévention et la
sensibilisation de leurs personnels aux questions de sécurité des
systèmes d’information. L’Agence nationale de sécurité des systèmes
d’information, organisme qui dépend du Premier ministre, publie
régulièrement des recommandations. Mises en œuvre efficacement, elles
permettent de réduire considérablement le risque d’attaque informatique.
"Nos industriels doivent fortement miser sur la prévention et la
sensibilisation de leurs personnels aux questions de sécurité des
systèmes d’information."
Mais il faut aller plus loin et les entreprises doivent développer, en
interne, une culture de la sécurité informatique. Certains services de
l’État peuvent les accompagner dans cette démarche. La DGSI anime
notamment chaque année près de 1 500 conférences de sensibilisation
portant sur les questions de sécurité économique, destinées à de publics
très larges des secteurs publics et privés.
Plus globalement, dans quels domaines technologiques
devons-nous nous renforcer ? Quel message voulez-vous faire passer aux
industriels présents à cette rencontre européenne ?
Un message simple : les technologies sont, et seront demain, un de nos
principaux leviers d’amélioration de la performance des forces de
sécurité. Non pas parce qu’elles pourraient remplacer l’humain… Au
contraire, les technologies n’ont d’efficacité que si elles sont
utilisées intelligemment et avec discernement par les policiers et les
gendarmes. Nous ne pouvons pas rester dans le cloisonnement actuel entre
les pouvoirs publics, les industriels, les chercheurs, les innovateurs.
La France a la chance de disposer de forces de l’ordre dont la
compétence et le professionnalisme sont reconnus bien au-delà de nos
frontières. Elle a aussi la chance de disposer d’un tissu industriel
dynamique et à la pointe de l’innovation dans le domaine des industries
de sécurité. Enfin, elle a fait le choix de soutenir la recherche et
l’innovation. Elle dispose donc des atouts indispensables pour réaliser
un mariage harmonieux entre l’innovation technologique et la sécurité. Nous avons en France quelques champions dans le domaine de la
sécurité (Morpho, EADS, Safran…), comment soutenir l’émergence d’une
filière industrielle dans ce domaine ?
Nous avons de grandes entreprises très bien identifiées et puissantes à
l’export. Mais nous ne devons pas oublier le tissu important de PME,
souvent très innovantes. Le Livre Blanc pour la Sécurité et la Défense
nationale a souligné la nécessité de mettre en place un comité de
filière. Le Premier ministre l’installera très prochainement. Au-delà de
l’enceinte de dialogue entre tous les acteurs – pouvoirs publics,
industriels, organismes de recherche – que constituera ce comité de
filière, je souhaite vivement qu’il puisse travailler très vite sur des
projets concrets pour lesquels des financements liés aux investissements
d’avenir pourraient être mobilisés. Les défis sont immenses, notamment
pour le ministère de l’Intérieur. Pour accroître son efficacité et faire
face aux nouvelles menaces, il doit pouvoir s’appuyer sur les
technologies les plus innovantes. Le Monde a révélé une affaire "Prism" à la française.
Confirmez-vous cette affaire de surveillance à grande échelle des
communications électroniques de nos concitoyens ?
Ne mélangeons pas tout ! Le Premier ministre et le ministre de la
Défense se sont déjà exprimés à ce sujet, ainsi que sur le cadre
juridique prévu par la loi de 1991. Jean-Jacques Urvoas, président de la
Commission des lois de l’Assemblée nationale et qui, à ce titre, siège
dans toutes les instances de contrôle parlementaire des services de
renseignement, a également fait part de ses commentaires. Dans un récent
rapport sur ces questions, il suggère des pistes intéressantes pour que
notre démocratie envisage les enjeux du renseignement avec lucidité et
en nous adaptant aux menaces d’aujourd’hui. Propos recueillis par Thibaut de Jaegher
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